Chapoutot et l’arnaque du “management nazi”

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4 réponses à « Chapoutot et l’arnaque du “management nazi” »

  1. […] Aurélien Rouquet, « Chapoutot et l’arnaque du “management nazi” », Élucidations managériales, mis en ligne le 28 octobre […]

  2. Avatar de Laurentruquier
    Laurentruquier

    Pourquoi je n’arrive pas croire l’impartialité d’un professeur dans une école de management sur un sujet comme celui la ? Personne n’apprécierais ce faire dire que c’est méthode de travail découle en partie du 3 reich.

    1. Votre remarque est légitime : lorsqu’un professeur en école de management critique une thèse très sévère sur le management, la question du point de vue et des intérêts en jeu peut naturellement se poser. Mais l’objectif de ce texte n’est pas de défendre le management “par réflexe corporatiste”, ni de nier ses dérives. La ligne éditoriale d’Élucidations managériales est précisément de mieux faire comprendre ce qu’est réellement le management : non pas un bloc homogène, ni une idéologie unique, mais un ensemble de pratiques, de savoirs, d’outils, de controverses et d’institutions, traversé par des tensions, des usages discutables, mais aussi par des apports réels à l’organisation du travail collectif.
      C’est justement parce que le management mérite d’être critiqué sérieusement qu’il faut être exigeant sur les arguments historiques mobilisés pour le faire. Johann Chapoutot est incontestablement un historien reconnu du nazisme, et c’est sur ce terrain que son travail est le plus solide. En revanche, sa compétence spécifique en histoire du management n’est pas attestée par des travaux académiques validés par les processus habituels du champ, et elle a été fortement contestée par de nombreux spécialistes du domaine. Plusieurs d’entre eux, y compris des chercheurs qui n’ont rien de complaisant à l’égard des pratiques managériales, ont souligné des “analogies injustifiées” et des “rapprochements insidieux” dans son raisonnement, ainsi qu’une connaissance lacunaire de l’histoire du management : Thibault Le Texier (2020), Marcel Guenoun (2020), Philippe Labardin (2020), Yves Cohen (2021), Franck Aggeri (2022), Aurélien Rouquet (2025) ou encore Jean-Michel Saussois (2026), parmi d’autres. Le texte d’Aurélien Rouquet ne cherche donc pas à blanchir le management, mais à distinguer une critique informée de rapprochements spectaculaires qui risquent de brouiller la compréhension du sujet.
      Si l’on veut interroger les intérêts éventuels de ceux qui critiquent la thèse de Johann Chapoutot, il faut aussi constater que ces critiques viennent de spécialistes nombreux et divers, publiés sur plusieurs années, et dont beaucoup ont régulièrement la dent dure contre le management dans leurs propres travaux académiques. C’est précisément ce qui rend leur désaccord significatif : ils ne défendent pas une discipline attaquée par réflexe corporatiste, mais rappellent qu’une filiation historique doit être démontrée. Or l’idée selon laquelle le management moderne viendrait du nazisme n’est pas seulement insuffisamment étayée ; elle est contredite par de nombreux travaux montrant que l’histoire du management est beaucoup plus ancienne, plus diverse et plus internationale que ne le laisse entendre cette thèse.
      Sans vouloir polémiquer, Johann Chapoutot paraît donc assez isolé sur ce point. On pourrait d’ailleurs retourner l’argument des intérêts ou des convictions cachées : si l’on soupçonne les chercheurs en management de défendre leur discipline, on pourrait tout autant s’interroger sur les présupposés idéologiques d’une thèse très régulièrement relayée dans certains espaces médiatiques ou politiques marqués. Mais ce n’est pas, au fond, le cœur du sujet. Chacun peut penser ce qu’il veut du management et en critiquer les dérives ; encore faut-il ne pas transformer cette critique en généalogie historique fragile. La réalité du management est tellement diverse qu’il paraît difficile d’affirmer qu’il viendrait du nazisme — ce que Johann Chapoutot laisse entendre, sans tout à fait l’écrire. Sage précaution, sans doute, mais qui confirme bien la fragilité de la démonstration.

      1. Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup pour cette clarification

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