Qu’est-ce que le management pour vous ? Qu’est-ce qui vous guide au quotidien dans votre pratique managériale ?
Esprit de compétition et engagement
Jean-Marc Chéry : Je pense que ce qui caractérise le plus un manager, un peu à l’image d’un sportif, c’est son niveau d’engagement. C’est particulièrement vrai dans un secteur à la fois mondial et hautement concurrentiel comme le secteur des semiconducteurs, qui est le mien. Non seulement un bon manager doit être très engagé, mais il doit le montrer en toute occasion et dans la durée. Il doit “transpirer”, en quelque sorte.
Il me semble indispensable qu’un manager s’interroge sur ce qui fonde son engagement, et cela doit d’ailleurs être aussi une préoccupation des dirigeants. Cette réflexion introspective vise, selon moi, les fondements aussi bien rationnels qu’irrationnels de cet engagement.
Ainsi, sur le plan rationnel, on peut expliquer ce qui vous fait venir le matin et ce qui vous fait avancer. Cela peut être la passion des produits fabriqués par votre entreprise, la complexité des sujets traités, l’esprit de compétition, le pouvoir… En ce qui me concerne, je pratiquais beaucoup de sport étant jeune, même pendant mes études d’ingénieur, ainsi qu’au début de ma carrière. J’ai rapidement pu m’apercevoir que les montées d’adrénaline que je ressentais dans le sport, je les ressentais aussi en travaillant dans cette industrie si particulière des semiconducteurs. C’est un élément clé de mon engagement.
Il y a également un volet plus émotionnel, c’est-à-dire ce qui nous engage émotionnellement. Cela peut être, par exemple, un engagement citoyen pour le pays. Quand j’ai débuté ma carrière dans les usines de composants électroniques, mon engagement émotionnel était fondé sur la survie de ces usines.
L’engagement émotionnel peut aussi être tourné vers les gens, la notion d’équipe, l’attachement à un groupe… La question de savoir si on aime les relations sociales, interagir avec les autres, si cela nous parle émotionnellement, me semble cruciale. Quand on est manager ou que l’on veut le devenir, il vaut mieux savoir le plus vite possible si l’on n’aime pas avoir d’interactions sociales, même des confrontations.
Je ne parle pas ici d’une analyse psychologique, mais simplement, d’une part, de savoir ce qui nous motive et nous engage et, d’autre part, de le montrer et le faire ressentir à ses équipes pour les tirer vers le haut.
Tenir à l’épreuve des hauts et des bas
Dans un secteur aussi compétitif que le nôtre, les cycles économiques et les défis opérationnels exigent une résilience constante. STMicroelectronics bénéficie du soutien de deux actionnaires étatiques, l’État français et l’État italien, ce qui constitue une force stratégique. La direction s’engage pleinement à surmonter les défis, en s’appuyant sur un engagement profond envers la société et ses équipes. Pour garantir la continuité et la stabilité nécessaires à la réussite de nos ambitions, il faut pouvoir conserver son équilibre, y compris dans les périodes difficiles ou injustes, et y être préparé.
Naturellement, cet équilibre évolue au cours de votre vie, en fonction de votre maturité, mais je pense qu’il est vraiment important d’avoir cet équilibre dès que vous commencez une carrière de manager.
Au-delà de notre propre cas personnel sur lequel nous devons réfléchir, je pense qu’un dirigeant doit être attentif au fait que ses managers soient eux aussi dans cette recherche d’équilibre conscient. C’est en tout cas une chose à laquelle je suis attentif en tant que dirigeant.
Propos recueillis par Christophe Deshayes


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